Extrait de la conférence de presse du 01/09

Publié le par collectifurgenceuntoit

Pourquoi des travailleurs sociaux sont ils 

de plus en plus nombreux à rejoindre ce

mouvement ?

Depuis un an, nous sommes nombreux de toute la France à nous mobilisés en tant que

professionnels de l’urgence sociale au sein d’une coordination nationale : Réelengagement.

Pour ma part, j’adore mon travail quand il consiste à mettre en œuvre le respect des lois sociales pour venir en aide aux personnes sans domicile fixe.
Notre première mission consiste en une mise à l’abri systématique et inconditionnelle de toute personne sans abri qui en exprime le besoin, tel que le prescrit la loiOr nous ne disposons pas de suffisamment de places pour pouvoir satisfaire toutes les demandes d’hébergement.
Par exemple, en ce qui concerne les familles. Chaque matin, à qui attribuer les 10 places disponibles  quand on en a besoin de 40 ou de 50 rien que les besoins de l’extrême urgence ?
Quelle situation va-t-on choisir entre la famille qui travaille demain à 6h et qui doit déposer ses enfants à l’école tout en étant à la rue et cette jeune maman qui sort ce soir de la maternité ?
Il nous incombe aussi dans notre mission un rôle de vigilance sociale et nous sommes en devoir de dénoncer les choses quand les rouages administratifs sont grippés.
Voilà pourquoi, depuis plusieurs mois, nous essayons de tirer la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics, des médias mais aussi auprès de vous tous, citoyens de ce pays.
Comment pouvons- nous tolérer que dans la France du XXIème siècle, chaque soir, il y ait tant et tant de familles, d’enfants, de bébés et de jeunes à la rue ?
Nous tirons la sonnette d’alarme face à une détresse de plus en plus criante et nous ne sommes pas entendus. Pour preuve, une décision toute récente dans le Val d’Oise  qui supprime 12 places d’hébergement pour les familles à partir d’aujourd’hui 1erseptembre alors que dans ce département il manque en moyenne environ 30 places par jour pour les familles.
Je ne cite ici que les familles parce que c’est un sujet très sensible mais je ne peux oublier toutes les personnes isolées pour lesquelles la situation ne cesse d’empirer. A tel point que sans doute environ la moitié d’entre elles n’appellent même plus les 115.
Il faut que vous sachiez qu’en Ile de France, le 115 ne décroche que 10 appels sur 100 en moyenne, par manque d’écoutants. Il faut aussi savoir que beaucoup de personnes renoncent à joindre les 115 quand ils ont déchargés leurs batteries de téléphone ou quand ils ont déjà essuyé 6 refus dans la semaine. Un homme ou une femme seule ne bénéficie que d’une place d’hébergement que pour une nuit tous les 15 jours et cela devrait encore empirer d’ici peu.
J’aime ce travail qui se situe dans le champ de l’humain, du relationnel, du social. Mais voilà qu’aujourd’hui je me trouve confrontée (sans en avoir les moyens) à gérer la survie des personnes.
Le taux de déscolarisation des enfants reste en cette rentrée une de mes préoccupations majeures. Comment maintenir la scolarisation des enfants dans une ville quand on y est hébergé une semaine de temps en temps et que l’on se retrouve souvent à la rue.
Je pourrais ici vous parler d’Irène et de ses deux filles de 12 et 15 ans déscolarisées pendant un an car hébergées en alternance dans des hôtels ou dormant bien souvent dans des églises. Je les ai rencontrées à plusieurs reprises toujours en quête des programmes pour essayer de suivre et continuer à travailler (ce qu’elles réussissent très bien !).
Je voudrais aussi  parler de Marguerite, Sylvia, Clarisse, Solange et Nadia qui me confient leur honte d’avoir accepté des propositions malhonnêtes en échange d’un hébergement pour leur famille faute de place au 115. Les lendemains de prostitution sont toujours dans ce cas des lendemains douloureux.
Je ne peux pas non plus cacher les carences en matière de santé, ni le nombre grandissant de personnes sous alimentées (en moyenne une femme sur  cinq en ce moment).
Je ne peux plus taire non plus les rencontres avec les femmes sortantes de maternité qui ne seront hébergées que pour une semaine ou deux tout au plus à l’hôtel avant de retourner à la rue ou aux urgences des hôpitaux. Combien de femmes ai-je rencontrées ces dernières semaines qui n’avaient plus ni lait ni couches et qui n’avaient elles mêmes rien mangé depuis deux ou trois jours.
Certains soirs, je ne peux que m’émouvoir de tous les drames humains que j’ai rencontrés dans la journée. D’autres soirs, c’est la révolte qui m’habite devant tant d’injustice et je me demande comme dans la pub pour la SPA «  mais de quoi sont-ils donc coupables tous ces bébés, ces enfants, ces femmes et ces hommes ?
Et tous les jours, c’est l’inquiétude qui me taraude. Inquiétude face au coût social et humain de tous ces manquements. Les carences en terme de santé physique ou psychologique sont énormes. Quel peut être l’avenir des enfants qui n’ont connu, entre la naissance et 10 ans parfois, d’autre espace que celui d’une chambre d’hôtel une semaine sur deux et sinon la vie de la rue.
Quel coût pour notre société lorsque toutes les démarches d’insertion entreprises sont mises à mal par une remise à la rue faute de places disponibles ?
Quel coût enfin pour notre humanité quand nous réaliserons que nous avons laissé des personnes humaines dans un tel dénuement alors que nous vivons dans une société d’opulence.
Je vous ai livré ici quelques brèves de trottoirs comme on dit ( il y en aurait beaucoup d’autres que je rêve de vous raconter un jour) mais je vous invite à vous tenir informés, à essayer de découvrir comment fonctionne le 115 au-delà de toutes les campagnes d’information…
Vous ne pourrez plus dire «  je ne savais pas »…
Nathalie Rouxel
Membre du réseau Réelengagement 95 / 115 du Val d'Oise

Publié dans Actu du mouvement

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